Régis Moscardini

Photographe : remplir son agenda en basse saison

DossierAcquisition de clients pour photographes : stratégies & tunnels de vente

Ton dernier mariage de la saison est passé. Tu livres les galeries, tu souffles, et tu regardes ton agenda d’octobre à mars. Il est vide. Tu te dis que tu vas t’en occuper en novembre, quand tu auras fini les retouches.

C’est exactement là que ça se joue, et c’est déjà trop tard.

Un chiffre pour cadrer le problème. L’INSEE a mesuré la saisonnalité des mariages en France : 59 % d’entre eux ont lieu entre juin et septembre. Le mois de juin en compte à lui seul 42 100. Janvier en compte 5 900. Sept fois moins. Si ton activité repose sur le mariage, ton chiffre d’affaires suit cette courbe, et rien de ce que tu feras en novembre ne créera des mariages en février.

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La bonne nouvelle, c’est qu’on peut remplir ces cinq mois. La mauvaise, c’est que ça ne se fait pas au moment où tu y penses.

Répartition des mariages en France : 59 % entre juin et septembre, 42 100 en juin contre 5 900 en janvier

La basse saison se remplit en juin

Voilà la seule idée à retenir de cet article, et elle explique pourquoi le conseil habituel ne marche jamais.

Quand tu cherches des clients en novembre, tu t’adresses à des gens qui n’ont aucune raison de te répondre à ce moment-là. Le couple qui se marie en juin prochain a déjà choisi son photographe au printemps dernier. L’entreprise qui refait ses portraits a bouclé son budget en décembre. Tu arrives systématiquement après la bataille.

En juin, à l’inverse, tu es entouré de clients enthousiastes qui viennent de signer, de familles qui adorent leurs photos, de prestataires que tu croises chaque week-end. C’est le moment où ta valeur est la plus visible, et c’est précisément celui où tu es trop occupé pour en profiter.

Tout ce qui suit découle de ce décalage. Cinq leviers, dans l’ordre où on les actionne.

1. Vends en haute saison ce qui se livre en basse saison

Le levier le plus rentable, et le plus simple. Certaines prestations se vendent l’été et se réalisent l’hiver.

  • La séance d’engagement, ou séance de couple avant le mariage. Elle se vend au moment de la signature du contrat, quand le couple est dans l’enthousiasme, et se shoote entre novembre et mars.
  • La séance du lendemain, ou d’anniversaire de mariage. Même logique, décalée d’un an.
  • L’album et les tirages. Le mariage de juin livre son album en octobre. Sauf que la plupart des photographes ne le proposent qu’une fois, dans le devis initial, et n’en reparlent jamais.

Concrètement, ce que tu fais dès maintenant sur tes derniers devis de la saison : une ligne d’option « séance d’hiver », à un tarif d’appel, cochable au moment de la signature. Le taux d’acceptation d’une option cochée à la signature n’a rien à voir avec celui d’une relance envoyée six mois plus tard.

2. Va chercher les clients qui n’ont pas de saison

Les entreprises ne se marient pas. Elles communiquent toute l’année, et elles ont un budget qui se boucle en décembre pour l’année suivante.

Le portrait corporate, la photo de produit, l’immobilier, la couverture d’événement professionnel : ces prestations remplissent exactement les mois où le particulier disparaît. Un photographe de mariage qui décroche trois entreprises en janvier a réglé son hiver, et il a en prime un revenu qui revient l’année suivante.

Deux choses à savoir avant de te lancer. Le tarif ne se calcule pas de la même façon qu’en B2C, j’ai détaillé la méthode dans le tarif photographe entreprise. Et le démarchage téléphonique entre professionnels reste autorisé, contrairement à celui des particuliers depuis le 11 août dernier, ce qui rend ce canal plus intéressant qu’il ne l’était.

Si tu veux un créneau précis pour commencer, l’immobilier est le plus accessible : cycle court, décision rapide, et un besoin récurrent. La méthode pour approcher les agences est dans cet article.

3. Rappelle les clients que tu as déjà

C’est le levier le moins coûteux et le plus négligé. Les gens que tu as photographiés cette année sont ta meilleure liste de prospects : ils te connaissent, ils ont aimé, et ils ont tes photos chez eux.

Et pourtant, presque personne ne les rappelle. Le photographe livre sa galerie, dit merci, et disparaît.

Trois messages à envoyer, à trois moments précis :

  1. En octobre, à tous tes mariés de la saison. Pas pour vendre, pour proposer ce qu’ils n’ont pas pris : l’album, un tirage grand format, un coffret. Ils ont encore les photos en tête.
  2. En novembre, aux familles photographiées l’an dernier. Les enfants ont un an de plus, et c’est un argument que personne ne peut contester.
  3. En décembre, aux entreprises que tu as servies. Leur budget de l’année suivante se décide maintenant.

Ces trois envois prennent une demi-journée à préparer si tu as les modèles. Les cinq séquences à installer une fois pour toutes sont dans ce guide.

4. Accroche-toi aux rendez-vous du calendrier

Un client n’achète presque jamais « une séance photo ». Il achète un cadeau, une carte de vœux, une photo de profil pour son nouveau poste, un souvenir avant que les enfants grandissent. La prestation est la même, la raison d’acheter est différente.

L’hiver en est plein, et chaque date te donne une raison légitime de reprendre contact :

  • Novembre et décembre : le cadeau de Noël, le bon cadeau, la carte de vœux personnalisée. C’est le pic de la saison, et il se prépare en octobre.
  • Janvier : les entreprises refont leur communication et leurs équipes bougent. Les portraits professionnels partent bien.
  • Février : la Saint-Valentin, qui marche pour la séance de couple.
  • Mars : les premières séances en extérieur, avant la reprise de la saison.

Le bon cadeau mérite une mention particulière. Il t’apporte de la trésorerie en décembre pour une prestation que tu réaliseras au printemps. C’est le seul produit qui inverse le problème de saisonnalité au lieu de le subir.

5. Fais le travail que tu ne feras jamais en juin

Les quatre premiers leviers remplissent ton hiver. Celui-ci remplit ton été suivant, et c’est le seul moment de l’année où tu as le temps de t’en occuper.

Trois chantiers, par ordre de rendement :

  1. Tes tarifs. Recalcule-les à partir du revenu que tu veux, pas de ce que fait ton voisin. Si tu n’as jamais fait ce calcul, c’est le chantier le plus rentable de ta saison creuse.
  2. Ton offre. Trois formules lisibles valent mieux qu’un devis sur mesure à chaque fois. Structurer ses offres te prend deux jours et te fait gagner des heures à chaque demande.
  3. Ton site. Un portfolio resserré, une page à propos qui parle du client, un formulaire à quatre champs. Ce sont les corrections qui rapportent le plus vite.

Ces trois chantiers ne produisent rien en janvier. Ils produisent en juin, quand les demandes arrivent et que tout est prêt.

Ce qui ne marche pas, et qu’on fait tous

Baisser ses prix. C’est le réflexe, et c’est une erreur de raisonnement. Le client d’hiver n’est pas un client d’été qui attendrait une remise, c’est un client différent avec un besoin différent. Une promotion de janvier ne crée pas de mariages en février, elle abîme seulement la grille que tu présenteras en juin. Et les gens à qui tu auras vendu à moins 30 % attendront le même prix l’année suivante.

Publier davantage sur Instagram en espérant que ça vienne. Poster plus quand personne n’achète ne fait pas acheter. Le réseau social entretient une audience, il ne crée pas une demande qui n’existe pas à cette saison.

Attendre novembre pour s’en occuper. C’est le point de départ de cet article, et c’est celui qui coûte le plus cher.

Le calendrier, mois par mois

Mois Ce que tu fais
Septembre Ajoute l’option séance d’hiver à tes derniers devis. Prépare la liste de tes clients de la saison.
Octobre Email à tous tes mariés de l’année. Démarrage de la prospection B2B, pendant que les budgets se discutent.
Novembre Les offres de Noël et les bons cadeaux partent. C’est le dernier moment utile.
Décembre Tu livres, tu encaisses les bons cadeaux, et tu relances les entreprises sur leur budget de l’année qui commence.
Janvier et février Les portraits professionnels tournent. Et tu attaques les tarifs, l’offre et le site.
Mars Tu réalises les séances vendues en juin dernier, et tu ouvres la nouvelle saison.

Pour aller plus loin

Cet article traite des cinq mois creux. Si ta question est plus large et que tu cherches à stabiliser ton agenda sur l’année entière, saison haute comprise, c’est le guide du photographe freelance qu’il te faut.

Source

INSEE, « Se marier en été est une habitude récente : 150 ans de saisonnalité des mariages ». Les chiffres cités portent sur l’année 2019, dernière année complète avant les perturbations sanitaires. La structure saisonnière, elle, est stable depuis cinquante ans : le mois où l’on se marie le plus est toujours juin ou juillet.

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